Histoire du Muay Thaï

Muay…

Muay veut dire réunir ou mettre ensemble…. Le Muay trouve ses origines dans un système de combat dans lequel certaines parties du corps tels que la tête, les poings, les coudes, les genoux et les pieds font office d’armes à part entière. Ce système de combat à mains nues était mis à profit sur les champs de bataille. Les rencontres entre forces armées respectives de chaque royaume donnaient souvent lieu à de violents affrontements. Quand le bouddhisme fut introduit en Thaïlande, les temples, occupés par des militaires et hauts-fonctionnaires à la retraite,  étaient un lieu d’effervescence artistique, notamment pour le Muay. C’est auprès des moines et de leur connaissance dans le domaine de la stratégie militaire que les jeunes hommes étudiaient l’art du combat rapproché.

Dessin

Premiers affrontements

Sans pour autant cesser de remplir ses fonctions martiales (techniques  adaptées au combat) et de protection de la communauté, la discipline devint un sport qui attirait les  foules en soif de divertissement. Les participants n’étaient alors pas classés par catégorie de poids, il fallait se mesurer à tous les combattants. Ce n’est que plus tard, que l’on faisait s’affronter les combattants de corpulence égale. Ils luttaient à mains nues, sans aucune règle particulière. Le combat ne s’interrompait qu’à l’abandon de l’un des protagonistes.

Plus tard dans l’histoire, le Muay adopta une règle essentielle qui allait le transformer : on commençait à se bander les poings afin de gagner en puissance de frappe et de protéger les doigts et poignets des foulures et autres blessures. Ce bandage appelé « kaad chuak » était composé de fils de chanvre torsadés. Il recouvrait la paume et le dos de la main jusqu’à la partie inférieure de l’avant-bras. Avant de s’affronter, les antagonistes plongeaient les poings dans un récipient d’eau afin de durcir la corde et renforcer le poing.  Une légende dit  que parfois les combattants trempaient les bandages dans une préparation à base de farine et d’eau, de résine naturelle agrémentée d’éclats de verre ou de pierre. On disposait alors les bandes au soleil de telle sorte qu’en séchant, les éclats s’incrustent dans le tissus, ne pouvant s’en détacher.

Le Muay royal

Au moment de l’ère d’Ayutthaya, on créa un corps  de gardes royaux qui avait pour fonction de protéger et le roi, et le pays. Cette forme élitaire du Muay qui permettait à certains pratiquants d’entrer dans cet honorable corps d’élite et d’enseigner aux princes et autres nobles, devient le Muay royal. Ces coutumes se sont perpétuées sous plusieurs règnes.

Le roi Naresuan

Le roi Naresuan Ong Dam était connu comme un héro de Taleng Phai. Les Thai le respectent beaucoup et l’ont élevé au rang de Roi guérrier. Il était le fils du roi Maha Dhammaraja et avait un frère le prince Ekatotsarot qui l’aida à se battre conte l’ennemi birman. Ils étaient connus sous les noms de roi Noir et roi Blanc. A son jeune âge, le prince fut kidnapé par le roi Burenong de Birmanie (roi qui dominait Ayutthaya). Il était prisonnier durant 9 ans. Quand il eut 16 ans, sont père mouru et il pu retourner dans la région de Pitsanulok, en Thailande. Le prince succéda au trône en 1590. Durant cette période, les Birmans envahirent la Thailande à 5 reprises. C’était donc à la 5ème invasion que le roi couronné s’est défait des Birmans en 1592 dans la province de Suphanburi. Il mouru en 1605. On dit que s’il avait survécu, il aurait appliqué ses règles de combat à la région entière et les Birmans n’auraient jamais retenté d’envahir le pays en 1767.

Héros légendaires du Muay

 Pra Chao Seua

Le 29 ème roi de la période Ayutthaya était hautement respecté pour ses qualités de combattant et ses connaissances dans le Muay. Au cours de sa jeunesse, le prince avait coutume de s’entraîner dans le palais. Il atteignit un très haut niveau de maîtrise de l’art.

Lors d’un tournoi qui avait lieu dans la campagne et déguisé en paysan, le prince voulu se mesurer au meilleur combattant de l’évènement. Après  avoir combattu contre plusieurs nakmuay qu’il vaincu sans peine, il retourna dans son palais satisfait d’avoir fait mordre la poussière à tous ses adversaires. Son amour pour le Muay était tel qu’il encouragea ses sujets à étudier et pratiquer la discipline et il insista sur l’organisation de tournois à l’occasion de chaque festivité. Il encouragea également la mise en place d’un programme d’étude du Muay au sein même du Palais Royal. C’est la raison pour laquelle son nom (le roi Tigre) figure encore dans les annales du Muay.

 Nai Khanom Tom

Après le siège des Birmans sur Ayutthaya, ils rassemblèrent tous les prisonniers siamois et les expédièrent en Birmanie en tant que prisonniers de guerre en 1767. Parmi ces captifs, se trouvait un grand combattant de Muay : Nai Khanom Tom.

En 1774, le roi Mangra de Birmanie se rendit à Rangoon pour assister à une célébration. Il décida de faire combattre les birmans contre les siamois pour voir lequel des Muay était le plus efficace. Nai Khanom Tom défit plusieurs de ses adversaires les uns à la suite des autres, si bien que le roi Mangra le couvrit d’éloges et déclara à son sujet : « toute la surface du corps de cet homme a été bénie avec du venin. Même à mains nues, il pourrait défaire neuf ou dix adversaires ». Le 17 mars, jour de l’affrontement, est devenu depuis « le jour du Muay Thai »

Les incantations

Les combattants de Muay avaient jadis une foi presque secrète dans l’art mystique des incantations. Ils étudiaient ces formules, convaincus qu’elles les gratifieraient de pouvoirs miraculeux grâce auxquels ils pourraient  vaincre leurs adversaires sans difficultés et qu’elles leur donneraient endurance et invincibilité et les protégeraient contre les mauvaises gens et les mauvais sorts. En règle générale, les combattants avaient sur eux des tatouages qui donnaient du pouvoir aux incantations.

La renaissance du Muay

Le roi Rama V accéda au trône en 1868. Le pays se modernise grâce à son nouveau dirigent. Il reste l’un des rois les plus vénérés de l’histoire de la Thaïlande. L’art martial avança à pas de géant à cette période. L’heure était à la paix, alors le Muay remplissait les fonctions d’exercice physique, d’autodéfense, de loisir et devint un outil de promotion sociale. Quatre pratiquants en particulier tirèrent notoriété et honneur des grâces que leur accordait le roi. Le premier se faisait appeler « Pra Chai Chok Channa » (Seigneur du combat heureux et victorieux). Il devint un célèbre professeur de Muay et de Krabi-Krabong (combat au sabre et au bâton)

Les trois autres combattants furent promus au titre de haut-officier de l’armée lors de rites funéraires à l’occasion de la mort d’un officier de l’armée. Leurs titres honorifiques étaient : «  Muen Cha ngad Choeng shok » (Chevalier à la tactique lucide), « Muuen Muay Mee Chu » (Chevalier du Muay Célèbre) et « Muen Mue Maen Mud » (Chevalier à la main ravageuse)

Diversité du Muay

Ces clichés démontrent les styles typiques qu’auraient adoptés les quatre combattants préférés du roi.

 

 

Au cours des siècles passés, le Muay avait mûri en divers points du territoire national et avait acquis un style propre à chaque région. Les grandes étendues de jungle étaient hostiles aux communications entre les hommes. Chacun de ses styles florissait et dans chaque région, diverses écoles avec leur méthode et leurs traditions propres contribuaient à accroître la mixité du Muay. La mise en place d’un réseau routier national sous le roi Rama V favorisa l’envoi de combattants dans la capitale pour qu’ils participent à des affrontements en présence du roi lui-même.

Muay Boran

Alors que le Muay s’uniformisait et s’ouvrait au monde, empruntant au passage de nombreux éléments à la boxe occidentale, un certain nombre d’adeptes nostalgiques du Muay se tourne vers le bon vieux temps où l’on pratiquait avec les « kaad chuak ». Cette forme antique du Muay est désormais nommée Muay Boran (Muay traditionnel). L’entraînement est long et astreignant car le maître de Muay Boran met l’accent sur les aspects et la pédagogie traditionnels, de sorte que ses disciples n’apprennent une technique donnée que quand ils ont parfaitement intégré la précédente.
Le jeu de jambe glissé du Muay (Yaang Sam Khum) est au cœur même du Muay Boran.

La tradition du Wai Khru

C’est une marque de respect envers le maître et une tradition les plus incontournables du Muay Thai. La philosophie sous-jacente est d’une importance primordiale. Le Wai Khru est une coutume très ancienne attachée au plus haut point à la notion thaïe de reconnaissance sincère envers le Khru, le maître. Quand un élève souhaite recevoir l’enseignement d’un maître, il marque tout d’abord son respect par diverses offrandes : fleurs, guirlandes, encens et bougies. Après qu’il aie été accepté par le maître, l’élève doit se comporter correctement, être diligent, endurant et avoir d’autres qualités similaires. Au cours de son apprentissage, le jeune combattant exécutera plusieurs fois le Wai Khru, une danse d’hommage.

 

Wai

Le concept du Wai implique de joindre les deux paumes et les doigts les uns contre les autres devant le buste. Ce geste peut signifier plusieurs choses telles que « bonjour », « au revoir », et peut être une manifestation de gratitude, une requête, une marque de respect ou  une demande de pardon.

Le Wai suprême est celui offert au grand Bouddha dans chacun des temples du pays. Une fois assis les jambes de côté avec une bougie,  trois bâtons d’encens et une fleur de lotus pressées entre les paumes, une personne voulant marquer son respect pour Bouddha commence alors une prosternation complète en s’inclinant sur l’avant. Il arrive que les combattants accomplissent ce même mouvement à trois reprises pour montrer le respect qu’ils nourrissent envers leur maître.

Cérémonie d’initiations d’un disciple combattant

Autrefois, avant qu’un maître n’accepte un nouvel élève, il consacrait de longues heures à la réflexion et réfléchissait abondamment à la proposition. Il s’agissait de déterminer si  oui ou non le postulant était digne de recevoir son enseignement. De jeunes combattants devaient même être de véritables serviteurs pour celui qu’il voulait pour maître. Parfois il fallait un an avant que le maître ne finit par accepter le postulant. Devant leur maître, les disciples jurent de travailler avec sincérité, avec zèle, de le respecter et de lui obéir à la lettre, en échange de quoi le maître accepte officiellement les postulants comme ses élèves et promet de leur transmettre son savoir au mieux de ses possibilités.

La cérémonie d’hommage annuelle a lieu le 17 mars de chaque année. Au cours de cette journée, les disciples sont censés témoigner de leur respect et de leur profonde gratitude envers leur maître. Elèves et maîtres organisent cette cérémonie ensemble et invitent autant d’anciens maîtres que possible. Les disciples honorent tous les instructeurs présents et ceux-ci en retour inscrivent des symboles sacrés avec de la poudre sur le front des jeunes gens afin de leur garantir prospérité et succès. S’en suit pour finir le Wai Khru.

Cérémonie d’initiation d’un maître

Le futur maître doit prononcer ses mots, avec la révérence appropriée au moment de son initiation :

« Moi, votre disciple, je n’oublierai pas la profonde reconnaissance que je dois entretenir à l’endroit des ancêtres thaïlandais qui forgent le Muay Thai depuis d’innombrables générations pour, au final, lui donner la forme que l’on connaît aujourd’hui. Je n’oublierai pas également la gratitude dont je suis redevable à mon maître, à celui qui m’a appris les techniques de cet art  et qui, aujourd’hui, me sait apte à enseigner à mon tour. Je promets de suivre à la lettre tous ses enseignements et de me conduire honorablement en utilisant pour toujours ce que je tiens de lui »

Une fois le Wai Khru terminé, l’instructeur ôte le mongkron et le restitue à son élève qui devient à son tour Khru (maître). Cet ustensil devra être conservé par le nouvel initié, il symbolise l’héritage transmis par le maître. On dit alors que le mongkron est chargé de propriétés sacrées et qu’il revient à son seul propriétaire le droit de s’en couvrir le crâne.